Digital 3.0, bienvenue au cœur d’un média centré sur vous-même
Lorsqu’on évoquait le Web 3.0 ou Web sémantique (en 2009…), on ne se doutait pas qu’on verrait s’inviter le digital avec autant d’agilité dans nos quotidiens… Les usages ont rapidement dépassé la fiction. Bienvenue dans un media centré sur vous même, où les objets digitaux ne sont qu’une extension de l’individu. L’humain est devenu l’interface. #realworld #augmenté #web30 #assistance #around #socialme
Il y a plus de quinze ans, le Web 2.0 vivait son heure de gloire, tandis que se profilait le Web 3.0 … Le Web collaboratif permettait en effet aux internautes non seulement de partager le contenu (profilant ce que l’on nomme désromais le Social Media…) mais également d’être acteur, auteur du contenu du Web… L’utilisateur produisait activement la valeur. Ce qui est aujourd’hui fortement encouragé au sein de l’Inbound marketing.
La participation est devenue une stratégie. A cette époque, le Web 3.0 ou Web sémantique, nous paraissait un ensemble encore nébuleux mais qui commençait à soulever quelques questions, notamment juridiques, sur le rôle présumé des moteurs de recherche en tant que gatekeepers de l’information, et la recherche de la visibilité qui en découlerait… La guerre de l’audience commençait à peine. L’attention était déjà le nerf de la guerre.
Web intelligent et Individu médiatisé ?
On imaginait un internet intelligent, à l’interactivité accrue, grâce à des objets «communicants et interopérables». Le réseau anticipait nos besoins. L’individu devenait le media. L’utilité sociale du Web s’est accrue, le réseau est devenu “hypercollaboratif”, accessible “partout et tout le temps – sous réserve de couverture wifi, 3G/4G et de beau temps…; les interfaces se sont multipliées, même si la réalité virtuelle a encore de beaux jours de recherche devant elle, la multiplication des supports, des écrans, tablettes, smartphones, montres connectés, la dissipation des cloisonnements entre les sphères privées et professionnelles, la mise en connection et en interopérabilité des objets qui nous entourent, les mash-ups utilitaires des outils, fonctionnalités et requêtes internet créent chaque jour de nouveaux applicatifs… Le quotidien lui-même est devenu une plateforme.
Le passage, en douceur, mais avec une extrême rapidité, compte tenu de l’évolution des usages sociologiques, d’un Web 2.0 à un Web 3.0 “augmenté a permis la transformation de l’individu en ambassadeur de marque à moindre coût, avec la puissance supposée des influenceurs, bloggeurs et autres YouTubeurs. Chaque personne est devenue un média potentiel. Une évolution anticipée qui tend désormais vers une hypercollaboration, une interconnectivité intégrée. La collaboration est devenue la norme.
Web 3.0 augmenté… au service de l’individu
Petit rappel sur le Web 3.0 avant d’aborder le centre de mon propos… Désormais, il est établi que le Web 3.0 repose avant tout sur la sémantique : la capacité de l’intelligence des moteurs de recherche à comprendre et à analyser vos requêtes complexes afin de produire un résultat pertinent et adapté à la situation. La machine a appris à comprendre le contexte. Au-delà, de manière progressive et potentiellement insidieuse, l’interconnexion du réseau afin de créer une vaste banque de données intelligente, permettant une recherche affinée de l’information, a réellement vu le jour, avec le web sémantique mais également le brouhaha lié au “Big Data”. Les données alimentent l’intelligence du système. Au-delà de l’exploitation intelligente de ces données, l’internaute peut désormais trouver une information utile à partir de seulement quelques « fragments significatifs » (Scherer, 2009).
Désirs inconscients virtualisés
Nous en voulons plus. Car nous nous sommes approprié très facilement cette pertinence, jugée “normal” en matière de qualité de service. L’exigence a grandi avec la performance. L’individu devenant media n’est pas/plus une fin en soi, à proprement parler. Une étape manquait dans le raisonnement de l’époque, entre le “My média” – le média fait par moi, pour moi; et le “MediatizeMe”, si l’on me permet cet anglicisme un peu incongru…
La médiatisation est un phénomène complexe qui a des conséquences majeures dans notre société moderne. Elle se définit comme l’ensemble des processus par les médias influencent les individus, les groupes et les institutions… Cela inclut la diffusion de l’information, la communication politique, la publicité, le divertissement et bien d’autres aspects de notre vie quotidienne. Les médias façonnent notre perception du réel.
Du « My média » au « MediatizeMe »
Mais alors, comment sommes-nous passés du « My média » au « MediatizeMe » ? Comment est-ce que cela a affecté notre relation avec les médias ?
Tout d’abord, il est important de comprendre que le concept de « My média » est apparu à une époque où l’accès aux informations et aux médias était limité. Les individus consommaient principalement les informations proposées par les médias traditionnels tels que la télévision, la radio et les journaux. Les choix étaient limités et le contenu était généralement contrôlé par un petit nombre de personnes. Le public était largement passif.
Avec l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux, cette dynamique a radicalement changé. Les individus ont désormais accès à une quantité massive d’informations provenant de sources variées et peuvent également participer activement à la création et à la diffusion du contenu. Le consommateur est devenu créateur. Cela a créé une culture de « My média », où chacun peut choisir ce qu’il souhaite consommer en fonction de ses intérêts et de ses opinions.
Cette démocratisation de l’information a également eu un impact sur la société en permettant à des voix minoritaires et marginalisées d’être entendues. Les médias sociaux ont donné une plateforme à des groupes sous-représentés pour partager leurs histoires et leurs points de vue, créant ainsi une plus grande diversité dans le discours public. Chacun a pu revendiquer son audience.
2025 : La concrétisation du Web prédictif par l’IA générative
Notre analyse doctrinale de 2009 était prémonitoire. La vision d’un Web sémantique intelligent s’est non seulement réalisée, mais elle a été dépassée par deux phénomènes majeurs qui confirment et amplifient votre propos : les algorithmes prédictifs des plateformes et l’avènement de l’Intelligence Artificielle générative.
Premièrement, le terme « Web3 » a connu une mutation. Alors que le « Web 3.0 » pensé il y a quinze ans désignait le web sémantique et intelligent, le terme « Web3 » est aujourd’hui principalement associé à un écosystème décentralisé basé sur la blockchain (cryptomonnaies, NFT, métavers). Cette vision coexiste désormais avec la concrétisation de notre analyse : un Web hyper-personnalisé et assisté par l’IA, qui est devenu notre standard d’usage quotidien.
Deuxièmement, l’IA générative est l’aboutissement de « l’assistance » que nous décrivions. Des outils comme Gemini ou ChatGPT ne se contentent plus de répondre à des requêtes. Ils les anticipent, ils conversent. Ils créent. L’IA génère directement une réponse unique, contextualisée et personnalisée, transformant radicalement notre rapport à la recherche d’information. Le système ne cherche plus l’information pour nous ; il la synthétise et la formule. C’est l’incarnation parfaite du média auto-généré en fonction de qui nous sommes.
Enfin, le « MediatizeMe » est devenu prédictif. Des plateformes comme TikTok ont poussé cette logique à son paroxysme. Leur algorithme ne se contente plus de répondre à une demande. Il la devance. Il ne montre pas à l’utilisateur ce qu’il a demandé, mais ce que l’algorithme a prédit qu’il aimerait. Le « My Media » n’est plus un choix actif, mais une série de suggestions auxquelles l’utilisateur consent passivement. Le service ne se contente plus de satisfaire le désir ; il le génère.
La technologie au service de la société de demain
Centré sur l’utilisateur, Internet, Digital, Objects connectés, IA… sont (dé)voués à votre service. La technologie s’est mise au chevet de l’individu. Le but final n’est pas de vous transformer (même s’il est de vous influencer…) mais bien de vous connaître… et de vous satisfaire. La médiatisation de l’individu a donc battu quelque peu en retraite face à l’individu lui-même… L’IA a dépassé le maître, et la segmentation des résultats quant aux typologies d’utilisateurs ainsi qu’à leur personnalisation en fonction du habitudes de navigation – et de comportement de chacun, est venu auréoler ces résultats d’une pensée mystique… La prédiction est devenue la nouvelle norme.
En d’autres termes, aujourd’hui, le My Media n’est plus le media “fait par vous”, mais le media auto-généré en fonction de qui vous êtes… Bienvenue dans l’ère de l’assistance, où vos comportements, vos attentes, vos réactions sont prédites afin de vous permettre d’obtenir la réponse parfaite presque avant de l’avoir formulée. Cela cristallisé dans l’extension de vous-même, le mini-moi digital qu’est votre smartphone… Notre téléphone est devenu notre oracle personnel.
L’oracle qui chuchote à notre oreille
Pourquoi est-il si difficile de s’en détacher ? Pourquoi au-delà des grands débats d’idées (à bon escient…) sur les problématiques liées à la vie privée ou aux données personnelles, succombons-nous bien volontiers à ces quelques clics qui permettent d’obtenir immédiatement ce que l’on souhaite ? La commodité l’emporte souvent sur la prudence.
Car le “MyMédia nouvelle génération” devance vos désirs… Le sacrifice d’une part de son libre-arbitre n’est-il pas un délice peu cher payé pour assouvir nos pulsions inconscientes d’enfant ? Avoir tout tout de suite et sans même avoir à l’exprimer autrement que par des onomatopées ou par quelques bafouillements tactiles sur ces chers smartphones… Assurément, quoi qu’on en dise, vivre au quotidien ce désir d’enfant n’est-il pas une forme détournée de persistance temporelle… Une victoire douce sur la frustration.
Libres propos dérivés largement et digitalement de l’étude initiale “Droits d’auteur 3.0 : Anticipations juridiques à l’aube du Web 3.0”, par Alexandra Zwang, Colloque Médias09, entre Communautés et Mobilités, Université Paul Cézanne, Aix-en-Provence.
